Dimanche 6 juin, à 1h30 du soir, une trombe d'eau s'est abattue sur la montane du Mouille au dessus de la commune de Randens. En quelques minutes, les torrents comblés, débordèrent, emportant tout sur leur passage avec un fracas de tonnerrre.
Le torrent des Fabriques, qui traverse la commune de Randens, fut arrêté à une altitude d'environ 800m par des arbres et par des blocs de rochers qui formèrent réservoir ; sous le poids des eaux, les matériaux cédèrent et le torrent se précipita sur Randens avec une force irrésistible. Des blocs de rochers d'environ 50 m cubes roulèrent jusqu'à la prorpriété de Mme G. dans une formidable avalanche de gravier et de boue.
Dans la commune de Randens, ce fut un sauve-qui-peut général, plusieurs personnnes ne durent leur salut qu'au magnifique dévouement des habitants d'Aiguebelle, dirigés par M. P. maire, et à la gendarmerie. Plusieurs enfants furent entraînés par les eaux et l'un d'eux, le jeune Henri M., âgé de 5 ans, des hospices de Lyon, en pension chez les époux M., a disparu, emporté par le torrent ; son corps n'a pu être retrouvé.
Mme Rose T. , veuve P. , qui avait été prise sous des pièces de bois dans le hangar de Mme G. , a été sauvée après deux heures d'un travail opiniâtre, par les sieurs Louis M. et Antoine F. , aidés par le brigadier et les gendarmes d'Aiguebelle.
Mme veuve M., que l'eau avait surprise près de son habitation, au moment où elle cherchait sa fille qu'elle croyait entraînée par le courant, a été sauvée par le gendarme G.
Enfin, le sieur Joseph G. , a sauvé un enfant de 5 ans, Pierre M. , qui, entraîné par le torrent, allait diparaître dans la vase.
Le bétail a pu être sauvé, quatre moutons seulement ont péri.
Les dégâts sont évalués approximativement à 200 000 francs, dont la plus grande partie supportée par la famille G.
Une partie du bourg de Randens est recouverte d'une couche de limon de 0,5 à 1 m d'épaisseur. Les maisons en contrebas, les écuries sont inondées. Un détachement du 97ème d'infanterie est parti de Chambéry mercredi pour aider au déblaiement.
La cause de cette catastrophe n'est pas expliquée ; la pluie d'orage ne pouvait donner une si grande quantité d'eau ; la fonte des neiges y est certainement pour quelque chose, mais les habitants croient à une fissure ou à un affaissement de la montagne , au lieu dit "le lac noir", vaste réservoir qui reçoit une partie de l'eau des glaciers. Plusieurs personnes ont vu l'eau former déversoir au sommet de la montagne.
(l'Indicateur de la Savoie du 19 juin 1897)